| : : Propos recueillis par Jean-Paul Taillardas |
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Yann Arthus-Bertrand. Je ne suis pas un grand spécialiste mais, bien évidemment, en tant qu'écologiste, je me pose des questions.
3 Faut-il un moratoire ?
Bien sûr que sur les OGM il faut un moratoire, mais on a un peu perdu de vue que le vrai problème, c'est Monsanto. Et comme on l'a vu dans le récent documentaire sur Arte, ce sont des gens qui ont été mouillés dans des histoires pas très belles. Ils ont une façon de se défendre qui montre que, manifestement, on nous cache des choses. C'est ça qui crée un doute et qui fait le plus peur.
3 Quelle attitude adopter face aux OGM ?
Il ne faut pas être faux-cul. Les OGM sont déjà en France. Nos cochons, nos poulets sont élevés avec du soja OGM. Évidemment, ce n'est pas marqué sur l'étiquette.
3 Que vous ont inspiré les déboires de Nathalie Kosciusko-Morizet ?
C'est une ministre compétente car elle connaît ses dossiers. Il y a longtemps qu'on n'a pas eu une ministre de l'Écologie comme elle. Elle est courageuse. Et puis, quand on dit la vérité, on n'a pas à s'excuser. Je l'ai appelée pour lui dire que même si on ne se connaissait pas bien, je la soutenais. Quant à Jean-Louis Borloo, après son discours à Bali, j'ai eu l'impression qu'il était convaincu, qu'il y croyait.
3 Ne sont-ils pas un peu seuls à l'UMP ?
Il y a un vrai lobby pro-OGM à l'Assemblée nationale. Lors du discours final du Grenelle, à l'Élysée, quand j'ai vu qu'il y avait quelqu'un de Greenpeace au premier rang, je me suis dit qu'on avait fait un pas énorme. Mais j'étais assis à côté de la bande des vieux députés, des ténors de l'UMP. Et quand Sarkozy a parlé des OGM, j'ai bien vu qu'ils étaient catastrophés ! Je me suis rendu compte alors que la partie n'était pas gagnée.
3 L'Assemblée aurait-elle dû penser au principe de précaution ?
Je pense que rien n'est jamais complètement mauvais, pourvu qu'on prenne justement des précautions. Les OGM, on en aura besoin dans les médicaments, peut-être pour nourrir les gens, pour faire des agrocarburants, mais il ne faut pas faire n'importe quoi.
3 À propos d'agrocarburants, certains s'alarment des surfaces qu'ils occupent?
Pour remplacer le pétrole, il faudrait couvrir la terre de colza ! La solution n'est pas de fabriquer de plus en plus de carburant, elle est de se déplacer mieux en en consommant moins. La date de la fin du pétrole, on la connaît. Elle est dans dix, vingt, trente ans. Ce ne sont pas des échéances lointaines. Pendant ce temps, on construit des avions dont on dit qu'ils devraient être amortis sur vingt ans. Mais avec quoi voleront-ils ? Avec du kérosène à 500 dollars le baril ?
3 Que faut-il faire ? Ne plus prendre l'avion ?
Je comprends qu'on ait envie de passer un mois au Brésil. Mais on n'a pas besoin d'aller juste pour un week-end à Marrakech. Moi-même, j'ai fait des allers-retours en deux jours à New York, mais c'est débile. Le secret, c'est que chacun fasse attention.
3 Vous prônez la « compensation carbone ». Mais certains voient en ce concept une incitation à consommer?
J'assume à 100 %. Je suis le premier à en avoir parlé parce que mon problème, c'était mon hélicoptère. La compensation, ce n'est pas l'idéal, et ce n'est pas parce qu'on compense qu'on peut faire ce qu'on veut. Mais je suis fier que, l'an passé, notre fondation ait donné à des ONG 1 million d'euros pour des fours solaires ou pour produire de l'énergie à partir d'ordures ménagères. Grâce à la compensation, on peut donner de l'énergie à des gens qui en ont besoin.
3 Quel est le but du catalogue pour « consommer responsable » de votre fondation que vous venez de publier ?
Ce sont 1 000 objets et bons gestes qui sont répertoriés et référencés pour « consommer responsable » (1). Il rappelle qu'il ne s'agit pas d'aller vers une décroissance, mais de consommer mieux.
3 Quand et comment les choses bougeront-elles en matière environnementale ?
La façon dont nous vivons tous montre bien que l'écologie n'est pas encore au c?ur des consciences. Les choses changeront quand l'opinion publique le voudra vraiment. C'est elle qui bougera les choses. Les politiques font les lois dont les gens ont envie. Si l'opinion publique n'est pas prête, ça ne se fera pas.
(1) « Catalogue GoodPlanet. org, 1 000 façons de consommer responsable », sous la direction de Yann Arthus-Bertrand, aux éditions la Martinière. Sur Internet : www.cataloguegoodplanet.org. Le sixièmevolet de « Vu du ciel », d'Arthus-Bertrand, sera diffusé jeudi 1er mai, à 20 h 55, sur France 2.
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