Maïs traditionnels du Mexique contaminés par des OGM

Publié le par CIRAD

Flash médias n° 789 (catégorie résumé) - Maïs traditionnels du Mexique contaminés par des OGM : des chercheurs ont bataillé deux ans pour publier leurs résultats - 16 décembre 2008

L'essentiel : une étude moléculaire menée par des chercheurs mexicains, américains et néerlandais confirme, sept ans plus tard, de précédents travaux publiés en 2001 dans la revue Nature , mais à l'époque très controversés. Il en ressort que, dans des régions reculées de l'Etat d'Oaxaca (Mexique), des gènes provenant d'organismes génétiquement modifiés (OGM) ont bel et bien migré vers des variétés de maïs criollos (traditionnels). La correspondante du quotidien Le Monde à Mexico indique que cette reconnaissance n'allait pas de soi. Et de citer l'auteur principal de cette nouvelle étude, Elena Alvarez-Buylla, de l'Insitut d'écologie de l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM) : "Cela fait deux ans que nous bataillons pour publier les résultats de notre étude. Jamais je n'avais rencontré autant de difficultés au cours de ma carrière ! On a essayé de freiner la diffusion de ces données scientifiques".

La source :
article du quotidien Le Monde (daté du 12 décembre 2008) intitulé "Au Mexique, le berceau du maïs contaminé par des OGM" [avec en sur-titre : "Une étude confirme que des transgènes ont migré vers les cultures traditionnelles"], signé Joëlle Stolz, "correspondante" du Monde à Mexico, et publié sur 5 colonnes, avec photo, en haut de la page 4 (rubrique Planète / Biotechnologies)

Plus en détail :

- L'article très controversé de la revue Nature était signé par deux biologistes de l'Université de Berkeley, en Californie, David Quist et Ignacio Chapela, lesquels révélaient que les maïs criollos de la région d'Oaxaca, l'un des berceaux de cette céréale, étaient contaminés par les gènes Roundup Ready (RR) et Bt, propriétés de la firme américaine Monsanto. En 2001, ce travail avait déclenché une polémique et Ignacio Chapela avait été victime d'un "lynchage médiatique" selon le récit de Marie-Monique Robin dans son récent ouvrage "Le Monde selon Monsanto". Au bilan, Nature avait fini par publier un désaveu, estimant que l'article des deux biologistes était insuffisamment étayé.

- L'article que le prochain numéro de la revue Molecular Ecology doit publier sous la signature d'Elena Alvarez-Buylla (UNAM), avec la collaboration d'une dizaine d'autres scientifiques, confirme largement les conclusions du travail mené sept ans plus tôt par David Quist et Ignacio Chapela. S'appuyant sur un compte rendu publié dans Nature du 13 novembre, la journaliste du Monde souligne que les chercheurs ont découvert des transgènes dans trois des vingt-trois champs de la sierra nord de l'Oaxaca, où des échantillons avaient été prélevés en 2001, puis à deux endroits lors de nouveaux prélèvements en 2004. La publication de ces résultats scientifiques n'a pas été facile (
cf. ci-dessus dans L'essentiel). C'est ainsi que l'on apprend que le biologiste José Sarukhan, chercheur à l'UNAM et membre de l'Académie nationale des sciences des Etats-Unis, avait recommandé l'article pour la revue de cette institution ; celle-ci l'a cependant rejeté au mois de mars, au motif qu'il risquait de provoquer "l'attention excessive des médias, pour des raisons politiques ou liées au thème de l'environnement".

- Reste la question du pourquoi : comment des transgènes d'OGM ont-ils émigré au fin fond des montagnes d'Oaxaca ? L'une des hypothèses est que certains agriculteurs importent illégalement des semences transgéniques. Mais aussi, de forts soupçons pèsent sur la firme Pioneer qui distribue, à travers des programmes d'aide gouvernementaux,  aux petits agriculteurs, des hybrides vendues par les Etats-Unis au Mexique.

- Les auteurs de l'étude publiée dans Molecular Ecology appellent à renforcer les "mesures de biosécurité" pour préserver les espèces natives du maïs, surtout au Mexique, son "centre d'origine". Il faudrait, disent-ils, se doter de laboratoires véritablement indépendants, et adapter les critères d'analyse moléculaire à la réalité mexicaine. Autre sujet d'inquiétude, tel que rapporté dans Le Monde : les projets des trusts pharmaceutiques qui veulent rentabiliser la biomasse du maïs, et l'utiliser comme un bioréacteur afin d'exprimer, par exemple, des vaccins ou des anticoagulants. L'article de la correspondante à Mexico Joëlle Stolz se termine par une nouvelle citation de Elena Alvarez-Buylla : "On peut craindre que le maïs ne se transforme en poubelle de l'industrie pharmaceutique, au détriment de sa vocation alimentaire. Que ferons-nous quand des anti-coagulants arriveront dans la tortilla des Mexicains ?"
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Cet article a été inséré dans le Panorama médias n° 491 (page 14) daté du 12 décembre 2008. Renseignements complémentaires auprès de l'Observatoire Sciences et Médias du CIRAD

Publié dans Articles de presse

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