Lundi 22 octobre 2007

Conférence débat contradictoire OGM

Foire Expo de Pau – le 5 octobre 2007

Partie 4 / 6

- Intervention de Monsieur Pèes

Je suis pas un scientifique, je suis un paysan et le président d’une organisation économique avant tout alors j’ai entendu les scientifiques s’exprimer, il y a des choses qui peuvent être contradictoires, chacun fera son choix je vais dire à Monsieur Riba que la sésamie il y en a déjà sur mon exploitation il y a des zones où c’est déjà bien le cas, bien.
Alors moi je vais changer de registre. Lors de la cession de préparation vous nous avez dit : vous,
Euralis vous avez lancé un plan d’accompagnement des agriculteurs mais on a peur de la contamination, on a peur, les filières vont se mélanger...

donc c’est d’abord tout ça c’est d’abord à ça que je voudrais essayer de répondre en vous disant ce qu’on a fait à Euralis depuis le printemps dernier pour ces agriculteurs qui font du BT.
Pour commencer, ce sur quoi je veux insister, c’est que je comprends parfaitement la trouille que certains d’entre vous peuvent avoir et je la comprends d’autant mieux que cette trouille le groupe Euralis, il l’a puissance 10 tout simplement parce que son principal problème c’est de gérer la
coexistence de différentes filières qui ne peuvent pas se croiser, maïs waxy, maïs consommation, du maïs semence, du maïs doux, on a aussi des productions animales et donc le problème que j’ai entendu développer avec passion par certains d’entre vous, est pour nous, c’est aussi le problème qu’on a aussi à gérer .

Alors qu’est ce qu’on a fait pour gérer cette cohabitation ?

tout simplement au printemps dernier, ça avait fait quelques tumultes, on a dit : on va
accompagner les agriculteurs. Comme l’avait dit monsieur Riba, il y a des gens qui ont des problèmes à régler qui nous ont dit assez clairement « nous on veut faire du BT », je rappelle que le BT est autorisé depuis plusieurs années. « vous nous freinez, vous voulez pas nous en vendre etc...mais maintenant ça sera avec ou sans vous », donc on a dit OK on va essayer d’organiser ça, plutôt que ça parte en vrille dans tous les sens,que chacun fasse ce qu’il veut dans son coin sans transparence, et ben on a dit on va dire qu’on le fait et on sera transparent.
alors on a pris un certain nombre de mesures : la première on a dit à nos producteurs, 134 producteurs, mille ha en ce qui concerne Euralis, on va passer un contrat on va s’engager mutuellement vous producteur et puis nous organisme stockeur,réceptioniste et vendeur d’autres céréales, ça c’est très important et puis on leur a dit : il y a des inquiétudes dans la population, il ya des règlements, on aurait aimé qu’ils soient plus clairs, déjà on va se remettre tout ça en tête donc on a organisé des réunions de formation, c’est clair, c’est évident, des agriculteurs qui voulaient faire du maïs BT, en leur expliquant la réglementation, en leur expliquant ben tout ce qui tourne autour des distances. A ce niveau on a demandé l’application du protocole de 50 mètres, 24 rangs, j’y reviendrai, et puis on se dit il n’y a pas qu 'Euralis dans le paysage, il y a d’autres organismes stockeurs, pleins de paysans qui ne travaillent pas qu’avec Euralis, on a une chartre du Sud-Ouest sans OGM, à destination de tout un tas de clients, dont vous connaissez les grandes marques et qui veulent des produits sans OGM et qui regroupent l’ensemble des organismes stockeurs, des collecteurs du Sud-Ouest.

On s’est dit :
on va contacter tout le monde. Eh ben tout simplement on a pris un cabinet de consultants qu’on a mis au milieu, chaque fois qu’un agriculteur déclarait qu’il voulait en faire, on disait ben voilà y’a monsieur X, d’Euralis, qui va faire du maïs sur telle parcelle, de manière très précise. Je rappelle qu’on dit beaucoup de choses sur ça, qu’il n’y a pas de transparence, les agriculteurs
ont déclaré aux mètres près, à l’administration la localisation de leurs parcelles BT, l’administration (dans la salle : c’est faux !) ça été cadastré et ils l’ont dessiné de façon précise sur la photo aérienne issue, photo satellite pardon, l’administration, la DRAF, a toutes les données
ensuite et j’y viens, l’Etat a décidé de ne pas rendre public et de communiquer par canton pour des raisons d’ordre public, de gestion d’ordre public qui le regarde. Du côté des paysans, ils ont déclaré très précisément  à l’administration ce qu’ils faisaient et où ils le faisaient, donc la mécanique, vous l’avez compris que l’ensemble des collecteurs déclarent à la boîte qui est la préfecture du lieu, moi j’ai tant de paysans qui font là, là et là et cette boîte, elle nous disait : toi en tant qu’Euralis tu veux faire ça : là y’a un producteur bio,  là y’a un producteur de Maïsadour, de Lur Berri, un négociant local qui lui a un maïs sensible waxy, un maïs bio,quelque chose comme ça. A partir de là on a géré avec nos agriculteurs, en leur disant là il faut reculer et là on peut pas faire, vous respectez pas le truc etc...  voilà d’une façon simple comment ça s’est passé
ensuite ben la récolte, enfin la culture suit son cours, on a semé, et là aussi on a prescrit des choses très précises au paysan dans le cadre des réunions de formation, nettoyage de semoirs, changement de semences, pour qu’il n’y ait pas de mélange, puis la récolte elle pousse puis elle va être collectée alors comment on va faire, là aussi on repart sur un tour de formation des
agriculteurs, en particulier sur l’aspect collecte, c’est à dire formation des entrepreneurs, des prestataires de service aux agriculteurs qui viennent  avec leur moisse-batte pour récolter, en leur expliquant la rigueur qu’on voulait, en leur donnant les consignes de nettoyage,les séparations qu’il y avait à faire. Plus spécialement sur la collecte, nous ce à quoi on s’engage, ce que
l’on met en oeuvre, c’est un changement de notre politique de collecte pour cette production de maïs BT.  d’une façon générale on est dans ce qu’on appelle des récoltes  poussées par les agriculteurs, c’est à dire les agriculteurs décident de récolter puis nous amènent ça, puis on avale, on avale ce qu’on peut puis on ferme pour éponger les stocks, d’ailleurs des fois ils râlent, bon Là,
on inverse le flux. Là on dit c’est nous qui allons vous dire quand on va récolter pour bien gérer la logistique. On est sur ce qu’on appelle une récolte tirée.

Pour être maîtres de notre logistique et de notre traçabilité. On va raccourcir les circuits logistiques, on va raccourcir d’une façon très très majoritaire, faire des circuits directs du champ aux silos qui stockeront les maïs Bt qui à partir de là, là seront séchés et partiront ensuite sur nos clients
finaux, en l’occurence en Espagne les fabricants d’aliments. Par ailleurs on va engager, on va prendre un échantillon de toutes les remorques  qui seront livrées chez à Euralis qu’on gardera. On ne peut pas toutes les analyser c’est évident à cause du coût engendrée, par contre on fera des analyses par sondage et il y aura cette épée de Damoclès sur tous les agriculteurs qui au delà du
contrat auront voulu faire une coquinerie et quand on en chopera un, ça fera mal

(oh désaprobateur dans la salle)

et oui ça peut pas être autrement : un contrat ça veut dire que les deux parties le respectent, donc nous on respecte en transparence, l’agriculteur doit le respecter et puis , il y’a des champs autour qui pourront avoir des traces dans la zone, on le sait bien

(applaudissement)

on met 24 rangées par exemple,d’isolement pour gérer cette coexistence, ce maïs là qui ne sera pas OGM, qui le sera à 0,9 ou quelque chose comme ça, ben celui là on le mettra en OGM, ce que je veux simplement vous dire c’est que dans le doute ce maïs sera considéré systématiquement comme OGM c’est tout c’est l’info que je vous amène dans la philosophie qui nous anime dans la pratique de notre collecte.
Globalement ce dispositif, mais je ne vais pas vous embrumer avec des détails, mais ce qu’il faut que vous compreniez, c'est que ce qu’on a essayé de mettre en place  c’est que vraiment pour l’entreprise Euralis c’est vital, on n’a aucun intérêt, l’entreprise elle-même,  financier à faire ça

(doutes dans la salle)

mais non !! je vous rappelle : ça représente un pour cent des surfaces, on achète la technologie à Monsanto pour la refacturer à l’agriculteur, on est des passeurs des plats, je peux vous assurer, avec le coût que je vous ai décrit, en terme d’intérêts, on n’en a pas à cet endroit là bon et puis je sais, P. de K lors d’un précédent débat, me faisait la réflexion qu’Euralis voulait faire la grosse tête et être l’égal de Monsanto et que c’est là mon combat, là je le rassure immédiatement le domaine des biotechs, en recherche, en pertinence, c’est pas Euralis, nous tout simplement ce qu’on veut
c’est essayer de comprendre, on a mis en place une structure un partenariat avec d’autres semenciers, qui s’appelle Biogemma entre autres pour avoir cette veille pour essayer de comprendre, pour faire quelques essais, on nous les a détruits, on est planté, nos recherches n’arrivent pas à avancer parce qu’elles sont détruites tout simplement

(oh désacord dans la salle)

et bé oui mais je le dis, donc ça nous coûte vraiment de l’argent et vraiment on est loin d’avoir un
intérêt économique et je parle de l’entreprise. ensuite je veux avoir juste quelques remarques plus générales sur le sujet lui même. M. vélot a dit : à quoi ça sert tout ça ? j’ai plus le terme exact, urgence sociale. Moi il y  a une urgence sociale en tant qu’agriculteur c’est d’alimenter la planète

(remous, oh, rires moqueurs dans la salle, sifflets, huées, Pèes se marre "vous mangez pas tous les jours ?" (la salle continue de protester)

non non mais..., bon quand vous avez fini vous le dites et je continuerai. je persiste et je signe
les agri ça sert à alimenter la planète et il se trouve que la planète elle est mal alimentée et je ne prétends pas que la France à vocation à nourrir  l’ensemble de  la planète, la France a d’abord vocation à nourrir sa population au moins partiellement et puis ensuite à  contribuer à l’alimentation de la planète. En fait, on est en face d’un formidable défi qui est de produire beaucoup plus, et tout le monde est à peu près cohérent sur ça, et le reprend.
Dans les trentes années à venir, on a besoin de doubler la production agricole de la planète et ça je dirais, ça a traversé aujourd’hui toutes les sensibilités,bon le problème qu’on a, on ne peut pas le faire avec les outils traditionnels de l’agriculture parce que des fois ils sont  trop agressifs et souvent trop agressifs environnementalement et là, qu’est ce qu’on a comme palette de solutions ? et là je suis d’accord avec les deux scientifiques, c’est bien d’une palette dont il faut parler. On a d’abord à revisiter nos pratiques et à s’inspirer des pratiques du reste de la planète pour effectivement et améliorer il y a toute la problématique de l’érosion du sol, de la gestion même du sol etc... il y a tout ça à revisiter, tout ce qui concerne la phytochimie etc..c’est évident qu’il faut être plus performant, moins agressif dans ces produits mais ça, c’est aux autorités à fixer le cadre, c’est aux scientifiques à trouver ces produits, les autorités doivent les valider après nous paysans. On  est des utilisateurs mais c’est une piste de progrès qui est à explorer de façon intensive
puis il y a les biotechnologies, je suis d’accord avec vous Monsieur Vélot, c’est un outil, un simple outil, une clé, je ne sais pas si c’est la clé de douze, de dix huit ou quoi, mais c’est une clé qui peut résoudre un certain nombre de problèmes en produisant plus, je rappelle qu’on a besoin de ça et en produisant mieux tout simplement.

Monsieur Vélot fait la réflexion qu’aujourd’hui il n’y a que des insecticides, c’est vrai qu’il n’y a que des insecticides, mais on est à la préhistoire de ce truc là, c’est quelquechose qui a 20 ans, c’est pas un truc qu’est vieux, y’a une courbe de progrès qui y sera. Moi je suis allé aux Etats-Unis cet été, j’ai vu des essais de maïs qui consommait 4 fois moins d’azote, mais je suis désolé
ça m’intéresse, parce que ça m’intéresse en tant que paysan parce que ça ne me
plait pas d’arroser d'azote, je sais que ça peut avoir des effets sur l’eau etc..., ça m’intéresse en tant que consommateurs parce que ça ne vous a pas échappé que le prix des céréales avaient doublé, triplé ça aura des impacts sur nos consommateurs finaux, il y a une régularité de prix à obtenir on peut pas se permettre  des à coup tout en bas où le paysan crève et tout en haut où c’est l’outil agro industriels et in fine où c’est le consommateur qui paiera. Et puis, je suis intéressé en tant que citoyen parce que, si sur ce coup là, parce que si le paysan met quatre fois moins d’azote dans leur maïs ça fera un risque divisé par quatre pour toutes les pollutions aux nitrates que l’on connait. Je vais prendre l’expertise des scientifiques, je ne vais même pas la prendre,
les scientifiques vont faire leur expertise et les autorités politiques décideront oui ou non et nous on fera ou on fera pas en fonction de cette décision. Si y’a le moratoire il n’y aura plus d’OGm semé par Euralis c’est évident, je ne vais pas aller contre la loi c’est évident mais y’a une cadence
des choses et il ne faut pas confondre les rôles ce débat sur les biotechs il est extrêmement.passionné .. parce qu’on ne partage pas forcément les constats de base mais c’est un message que je veux vous passer, ce soir on fait de la coexistence, premier point, la coexistence elle ne se fait jamais contre l’autre, elle se fait avec.

Bon alors si on est dans des positions extrémistes, si moi je vous dit y’a que les ogm, y’a que ça de vrai forcément je vais faire crever la filière waxy, forcément je vais même faire crever la filière semence, mais si vous, vous me dites, y’a que le bio, tel type de production, les OGM je ne veux pas en voir, vous ferez aussi crever des gens qui ont besoin d’outils, qui ont besoin d’être compétitifs économiquement, y’a des maïsiculteurs,  j’en ai vu dans la salle, qui ont besoin de ces outils et qui en auront encore plus besoin demain, je répète qu’aujourd’hui on n’est que sur de
l’insecticide mais demain on sera sur d’autres évènements qui seront avec un spectre beaucoup plus large, les premiers étant ces fameuses consommations moindre d’eau et l’optimisation de l’alimentation en général.

Donc simple message : la coexistence elle peut exister si on la veut ça veut pas dire qu’il n’y aura pas ici ou là un accident mais on gèrera l’accident, il sera dans les deux cas, il pourra être dans les deux cas, car moi j’ai vu des pépins provoqués par l’agriculture bio en céréales sur le champ qui ne l’était pas et qui était destiné à une grande marque alimentaire qui ne voulait pas d’un
certain champignon et l’agriculture bio l’avait refilé au champ contractualisé en blé

(oh la la la prostestations dans la salle)

de toute façon l’accident arrivera dans les deux cas. A nous à être suffisamment raisonnable pour mettre en place les outils pour le gérer, ne soyons pas extrémistes dans les solutions, et là aussi je vais rejoindre les deux chercheurs mais de façon encore plus simpliste, si c’est du poison, on
arrête immédiatement (applaudissements) sauf qu’à ce jour, outre que les autorités et politique et scientifique ont validé les choses, je dépasse ça, mais moi je ne connais pas la première queue d’une expertise scientifique qui me dise que c’est un poison.  j’entends des gens qui me disent peut être que ça peut en être un, et alors ? si on rentre dans le débat de cette façon on peut dire
tout et son contraire, moi je suis dans une position beaucoup plus pragmatique en tant que président je suis responsable de milliers d’agriculteurs qu’il faut faire coexister, il faut mettre des outils pour le faire, il y  a des enjeux planétaires internationaux pour l’alimentation, c’est notre mission principale, il faut la faire du mieux possible, mais on ne la fera pas dans l’affrontement
et dans l’opposition.
Ma liberté, vous connaissez ça, commence où s’arrête celle des autres et il faut qu’on compose avec ça. Voilà ce que je voulais dire dans un premier temps et il y aura des questions après je suppose.
(applaudissements)

Par Collectif Béarn pour un Moratoire OGM - Publié dans : Actions ici
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus